L’Habitant Temporaire


2015
Book, Various locations
with Lemieux Editeurs



“L’Habitant Temporaire” is the title of an essay, published by Lemieux Editeurs in 2015, focusing on domesticity and inhabited interior spaces. The book describes a series of 20 spaces, visited and inhabited by the author during the past 10 years, offering the reader a selective atlas of current and past forms of domestic life.

From a banal room in a collective housing building in France to an apartment in Brooklyn, from an ancient tomb in Greece to a rural courtyard in China, from the tiniest hotel room in Hong Kong to the monumentality of the Alhambra in Spain, “L’Habitant Temporaire” aims to demonstrate the diversity of domestic interior spaces in a culture which has been - as commonly said - globalized. Through a rigorous spatial survey and the elaboration of precise drawings - using architectural representation - combined with texts, stories and descriptions, each chapter depict these spaces within a repetitive format that allows the reader to create comparisons and finally, establish his own atlas of domesticity.













L’espace dans lequel je me tiens, ne mériterait pas, à priori, d’être décrit. C’est un appartement, dans le centre de Santiago de Chile, peint en blanc, au sixième étage. Il n’a pas d’auteur particulier, n’offre pas de spectacle particulier et cela suffirait à le décrire si on me le demandait dans un simple échange verbal. Mais est-ce suffisant ? Les espaces qui nous accueillent sont-ils de simples constructions, sommes de matériaux assemblés et stables ? Nous ne pouvons nier, comme je ne peux nier l’étrange mélange de chaleur et de mélancolie que je ressens à chaque fois que je m’installe sur la petite terrasse, ces sentiments et émotions qui doucement nous caressent lorsque l’on est dans une quelconque pièce. Il y a une énigme, profondément cachée derrière ce que nous appelons « normal », « banal », « quotidien » ;  s’approcher un peu plus de cette énigme en regardant les espaces qui défilent, au cours d’une vie, devant nos yeux, se laisser guider par l’intuition de l’importance de ce qui n’a jamais véritablement compter.

« Le problème n’est pas d’inventer l’espace, encore moins de le réinventer (trop de gens bien intentionnés sont là aujourd’hui pour penser notre environnement), mais de l’interroger, ou, plus simplement encore, de le lire ; car ce que nous appelons quotidienneté n’est pas évidence, mais opacité : une forme de cécité, une manière d’anesthésie. […] Noter ce que l’on voit. Ce qui se passe de notable. Sait-on voir ce qui est notable? Y a-t-il quelque chose qui nous frappe ? Rien ne nous frappe. Nous ne savons pas voir. Il faut y aller plus doucement, presque bêtement. Se forcer à écrire ce qui n’a pas d’intérêt, ce qui est le plus évident, le plus commun, le plus terne. »

Georges Perec, Espèces d’espaces, 1974





































Santiago, Chile

2010-2017